La jetée de la conche

Bordés par la mer sur 3 côtés, de la côte sauvage à la conche des baleines, les habitants des villages ont toujours eu, au cours des siècles, l’énorme charge d’assurer la protection des côtes, mais ils avaient en contrepartie l’avantage d’y trouver une grande partie de leur nourriture. C’est en 1669 que COLBERT DU TERRON, Intendant de la province, décida d’édifier, au nom du roi, à proximité de la mer, une tour ressemblant à un donjon, au double rôle de surveillance et de signalisation :  « la tour des baleines ». Pas entretenue pendant la révolution, les tempêtes successives ont considérablement désagrégé les roches de la côte et l’eau arriva souvent au pied de la tour. Le phare fut remis en état, la digue réparée en très grande partie par les villageois, le 7 fructidor de l’an X, 3 mois après la finition de sa remise en état, elle sera de nouveau détruite. On pourrait citer bien d’autres dates où les « vimaires », coïncidences de tempêtes et de forts coefficients ont mis à mal les ouvrages difficilement édifiés. L’histoire de la protection du littoral rétais est un éternel recommencement.

 

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Malgré les améliorations successives de la source lumineuse de la tour, les naufrages restaient fréquents. La structure du Haut banc du nord, successions de vannes plus ou moins profondes entre des banches calcaires, est la cause de courants violents. Ces lieux sont souvent cités dans les naufrages sous le nom de « dangers de la baleine ». Pendant de nombreuses années, l’édification d’un nouveau phare a été envisagée mais elle ne s’est jamais réalisée faute d’accord sur le lieu de sa construction. Fallait-il faire le nouveau phare à la pointe des baleines, à côté de l’ancien ou à la fin du Haut banc du nord, à 4,5 km en mer bien plus indicatif des dangers ? On décida de faire les deux.

C’est l’ingénieur en chef LEGROS qui eut la charge de les construire. La construction des 2 phares posa au départ un très grand nombre de problèmes, techniques et juridiques. Il fallut racheter 94 parcelles appartenant à 72 propriétaires pour le phare des baleines. Il fallu aménager la route sur plus de 5 km à partir d’Ars. Elle ne sera achevée qu’en 1856, 2 ans après la mise en service du phare. La construction du phare débuta en 1850, c’est quatre années plus tard, le 1er Janvier 1854 qu’il fut allumé pour la première fois. Il a plus de 150 ans et il paraît toujours neuf.

La construction du phare des baleineaux présenta d’énormes difficultés techniques. A 4 km de la côte, la mer est souvent violente et les courants puissants. Dès que le temps se dégrade, les vagues se brisent sur les rochers et la zone devient dangereuse. Pour l’acheminement des matériaux nécessaires aux constructions, on décida donc de réaliser une importante jetée, à la conche, à peu près à mi distance entre les 2 épis. Sa construction dura plusieurs années, elle fit office d’abri portuaire et au fil des ans, les villageois s’aperçurent que l’érosion de la conche avait pour ainsi dire disparu et qu’un phénomène d’ensablement était apparu, la « jetée de la Conche » prit alors le nom de « la digue brise-lame de la Conche ».

Les photos aériennes actuelles font apparaître les traces de l’ancienne jetée et la conche s’étant désensablée, les fondations de la première partie sont réapparues. Lorsqu’elle fut terminée, on cessa d’entretenir les deux épis qui certainement n’avaient pas une efficacité comparable. De construction sommaire, ils disparurent très vite.te aucun dessin contemporain de l’ancien ouvrage. Des rapports du début du XXème siècle permettent de se rendre compte de l’importance de celui-ci. « Il a été établi sur toute sa longueur en maçonnerie avec mortier de ciment à prise rapide du pays et moellons non gélifs de saintonge pour le parement et en maçonnerie avec mortier de chaux hydraulique du pays et moellons bruts ordinaires du pays pour l’intérieur de l’ouvrage ».

 

C’était pourtant un ouvrage semi provisoire, il était constitué de 3 parties :

1°) Un ouvrage permettant l’accostage des embarcations à la mi-marée descendante, de 230 mètres de long sur 2 mètres de largeur et 1,5 mètres de hauteur moyenne, enraciné à terre au dessus du niveau des plus hautes mers.



2°) Un ouvrage formant abri pour les bateaux de petit tonnage, de 50m de longueur sur 4,25m de largeur moyenne et 5m de hauteur, accolé au premier ouvrage à son extrémité.



3°) Un ouvrage prolongeant environ sur 100m de longueur environ les deux premiers, de profil homogène à celui du premier ouvrage, servant comme lui à l’accostage des embarcations à basse mer et atteignant les fonds de +0,50m

 

La jetée avait donc une longueur totale de 330 m environ et débutait au niveau du 1er épi actuel, légèrement à droite de la descente à bateaux. La photographie n'existait pas à l'époque de sa construction et les premières, réalisées au début du siècle vers 1910, montrent la digue déjà bien endommagée faute d'entretien.

 

 

Après la construction du phare du Haut banc du nord, la jetée a essentiellement servi au transport des personnels et du ravitaillement nécessaire au fonctionnement du phare des baleineaux. Elle a été entretenue jusqu'en 1910 par les cantonniers du service maritime. En 1909, le feu permanent au pétrole installé en 1894 est remplacé par un feu permanent au gaz, de ce fait, la digue perd toute utilité à cet égard. Durant l'hiver 1910/1911, de violentes tempêtes provoquent des dégradations importantes. En juillet 1911, lors d'une inspection des phares, c'est l'inspecteur général RIPIERE et les ingénieurs du service maritime qui décident de ne pas la réparer et de ne plus entretenir la jetée. Les matériaux consécutifs à la dégradation de la jetée sont récupérés et employés à divers travaux : réparation des digues du littoral au sud de l'île, construction de l'épis de Sablanceaux.

Le 3 mai 1921, le Conseil Général de la Charente inférieure émettait le vœu que la jetée de la Conche des baleines soit réparée, allongée afin de servir d'abri aux pêcheurs qui fréquentent la Conche. La dépense fut évaluée à 225 000 F. Les travaux ne pouvant être envisagés que moyennant une contribution importante de la commune concernée, Saint Clément, ne disposant pas de ressources suffisantes, ne put s'engager dans une telle dépense.

 

En octobre 1922, des ingénieurs du service des pêches maritimes réclament la remise en état de « l'ancienne je-tée de la Conche des baleines » au ministère des travaux publics, mais ils ne mettent pas en avant, dans leur rapport son rôle en temps que brise lame de protection de la côte, et ils ne font cette deman-de que dans le but de l'amélioration de la pê-che. Pour le ministre, le nombre de bateaux fré-quentant la Conche étant insignifiant, la demande est rejetée. En 1923, on reparle de nouveau de sa remise en état au ministère des travaux publics. Elle serait réalisée dans le but d'y installer simultanément une usine marémotrice d'essai. Après examen de la question, le projet est abandonné.

Il faut remarquer que jusqu'à cette date, aucun rapport ne mentionne d'éventuelles dégradations du rivage. C'est après 1920 , la jetée s'étant profondément dégradée, que l'on commence à trouver dans des rapports officiels les premières traces d'inquiétude quant à la stabilité de la côte.

C'est à partir de 1910 que le littoral de la Conche commence à subir d'importants phénomènes d'érosions. Les conseils municipaux ont à de très nombreuses reprises alertés les pouvoirs publics de ce phénomène naturel inquiétant pour les Villageois.

Le rapport de l'ingénieur BASTE, en réponse aux inquiétudes de la municipalité est très complet et permet de se faire une idée précise de la situation.

Quelle a été l'action précise de la digue sur la protection du littoral de la Conche, difficile à évaluer avec précision, mais de nombreux faits et témoignages incontestables montrent qu'elle a eu une action très positive. La corrélation entre la dégradation de la jetée et le recul des dunes est une preuve irréfutable de son rôle.

 

 

Les relevés successifs des limites de la dune au pas de « Zanuck » montrent qu'entre 1830 et 1852, elles a reculé de 20m, la jetée n'était pas construite. De 1852 à 1910, aucun texte ne signale une dégradation de cette partie du littoral. La jetée de la Conche est construite et entretenue dans sa totalité. Le recul va brusquement réapparaître vers 1920, la jetée a pratiquement disparue. Le recul atteindra 25 m en 1964, et depuis, il continue et s'accélère.

 

MV